Publié dans Islam et changement social, dir. Mondher Kilani, Payot, Lausanne, 1998
La production des élites
économiques en Algérie
Élites
gestionnaires et élites missionnaires
par Ahmed HENNI
Professeur
à l’Université d’Artois
Je
ne m'attarderai pas sur la définition de l'élite et j'entamerai
directement mon analyse sur la base d'une acception opératoire et
simplifiée qui, par la suite, permettra de mettre en lumière le
problème de la définition elle-même de l'élite. Je dirai donc
d'abord que j'entends provisoirement par élite (en arabe personnes
montrables, sources
visibles de la société) des personnes qui acquièrent une
légitimité d'individus premiers sur différents marchés sociaux,
légitimité surdéterminée le plus souvent par un passage plus ou
moins long dans un segment du système de formation d'un pays. D'une
manière générale, l'analphabète, même enrichi, même dirigeant,
est, de ce fait, exclu de l'élite considérée comme légitime. Par
contre, tout lettré, même socialement insignifiant, aspire à être
reconnu comme membre de l'élite. Telle est souvent la tradition des
sociétés. Telle est également la légitimité contemporaine des
élites économiques qui, de plus en plus, sont davantage définies
par une capacité apprise de management que par la détention d'un
volume donné de propriété1.
Par contre, dans les situations de délégitimation des élites en
place, c'est à dire les situations où d'autres personnes appellent
à un changement social, de type révolutionnaire particulièrement,
l'élite se doit, traditionnellement, de devenir missionnaire, c'est
à dire prophétique et maraboutique, rôle tenu historiquement en
Algérie par des non-lettrés et ou des lettrés socialement
illégitimes2.
La culture musulmane est sur ce point très ambivalente: autant elle
peut valoriser l'analphabétisme du Prophète comme preuve de la
transcendance du Message qu'il transmet autant elle ne confère de
capacité d’interprétation de ce message qu'aux lettrés. L'élite
musulmane se définit comme lettrée. Le savoir seul peut conférer
la capacité de gestion d'une société; en dernière instance, tout
conflit trouve sa solution dans le fiqh
détenu par le cadi.
Lorsqu'elle apparaît à des moments précis de l'histoire, l'élite
missionnaire, elle, se définit de façon récurrente comme étrangère
à cette sagesse conservatrice: elle proclame l'inutilité du savoir
académique et, souvent, se proclame elle-même analphabète pour
montrer qu'elle est précisément totalement étrangère à ce
savoir.
Les
modèles canoniques de ce type de missionnaire restent Ibn Toumert et
Abdelmoumen. Ainsi, la mise en oeuvre du projet indépendantiste
algérien fut, en 1954, initiée, conduite et dirigée par un groupe
de jeunes missionnaires, analphabètes pour la plupart, mais tirant
leur légitimité de l'efficacité de leur action face à la
mièvrerie supposée des lettrés-gestionnaires du mouvement
national3.
De la même manière, lorsqu'il s'agira d'économie, l'efficacité
qui confère la légitimité ne proviendra pas d'une capacité à
produire un profit et concrétiser une accumulation de capital (ce
qui supposerait une science des combinaisons productives de marché).
Or, une telle science semble devoir être reléguée dans le
catalogue des savoirs conservateurs et inefficaces. Cette
contradiction pourrait expliquer un certain nombre de comportements
d'élites algériennes selon qu'elles se considèrent comme élites
d'une société ou comme élites d'un changement social. Telle est la
récurrence que nous observons au cours de l'histoire algérienne.
Production et légitimation des élites économiques
L'efficacité
économique qui produit l'élite économique légitime est, depuis
l'indépendance, représentée comme une efficacité de bâtisseurs,
missionnaires initiant et conduisant la construction de l'économie,
non sa gestion. C'est au nombre de bâtiments construits que se
mesure cette efficacité: nombre d'usines, nombre d'écoles, nombre
d'hôpitaux, etc. Elle ne se mesure pas par la nature et le volume de
l'activité qui ont lieu à l'intérieur de ces bâtiments.
L'efficacité économique se représente par ce qui est montrable.
Elle ne désigne pas un montant abstrait de richesse (le savoir
dispensé dans le bâtiment école par exemple) mais une quantité
physique de bâtiments. L' élite économique n'a besoin d'aucune
légitimité rattachée à une science de la gestion. Dès lors, elle
ne se produit ni ne se légitime par la production d'un profit ou par
le savoir permettant de gérer efficacement la production de ce
profit. Les rédacteurs de la Charte
nationale
de 1976 ne considèrent comme activités économiques privées
légitimes que celles qui mettent en oeuvre une "propriété
non-exploiteuse"4
! Bref, l'entreprise, même privée, n'est légitime que lorsqu'elle
ne fait pas de profit !!! Ne devant pas distribuer de dividende,
l'élite économique ignorera le retour dû à l'actionnaire comme
elle ignore, dans les entreprises publiques, le retour dû au
contribuable. Ne devant pas rendre de profit, elle délaissera, comme
nous le verrons, la comptabilité elle-même5.
L'élite économique va donc se définir comme un
contingent de missionnaires au service, non de leurs propres intérêts
individuels, mais au service du "peuple". Cette élite est
d'autant plus légitime qu'elle s'active dans le secteur public.
Lorsqu'elle s'active dans le secteur privé, elle ne prétend pas
agir pour faire du profit individuel pour s'enrichir
individuellement, mais agir au service du "peuple" et
s'assimiler à l'élite économique missionnaire du secteur public.
Cette assimilation du secteur privé à un secteur public permettra
de légitimer toutes les revendications d'exonérations fiscales
exprimées par cette propriété privée "non-exploiteuse".
L'élite économique publique ou privée va, de ce fait, se définir
davantage par une mission que par un statut ou une fonction sociale
spécialisée nécessitant une pratique spécialisée supposant
elle-même un savoir spécialisé de gestion. La société algérienne
semble avoir encore des difficultés à produire et reconnaître des
élites gestionnaires. Cette culture exclusive de la mission au
détriment d'une culture de l'efficacité de gestion s'éclaire par
le processus même de production et de légitimation de cette élite
économique.
Nous pouvons distinguer dans l'élite économique:
1.
Les
acteurs de la dépense de capitaux publics.
On peut y distinguer trois groupes:
1.1 - Une infime minorité titulaire du pouvoir de
décision économique au niveau de la nation tout entière et se
composant des individus exerçant le pouvoir politique et de ceux
exerçant le pouvoir d'élaboration administrative des décisions.
Cette minorité n'étant pas produite par un processus social, nous
en laisserons l'examen de côté.
1.2 - Les cadres dirigeants du secteur public
économique (sociétés publiques, établissements publics, offices,
etc.). Sur une population de 25 millions d'habitants au début des
années 1990, ils ne représentent encore que quelques centaines
d'individus. L'élite économique publique est une minorité qui
dépend du volume de dépenses décidé par l'Etat. On comprend que
dès que ce volume est compromis (comme après 1986), cette élite
puisse se sentir menacée de disparition. Sa perpétuation comme
élite dépend de son rôle missionnaire lui-même conditionné par
l'existence d'un investissement public. C'est pourquoi son discours
n'est centré que sur la dépense publique d'investissement, dépense
qui légitime pour elle tous les prélèvements fiscaux autoritaires.
L'adhésion de cette élite à un système pratiquant l'épargne
forcée s'explique également par son mode même de production en
tant qu'élite.
1.3 - Les cadres de gestion administrative des
processus économiques, attachés également à gérer davantage des
dépenses publiques que des ressources provenant des activités
privées et tirant leur statut du volume d'épargne forcée imposé à
la population. Plus la dépense d'investissement public est
importante, plus ils auront de projets assurant leur légitimité,
leur pouvoir et leur statut.
2.
Les
acteurs de l'accumulation de fortunes privées.
2.1 Les barrières mises dès 1962 à la création
d'activités économiques individuelles ont supprimé la liberté
d'installation réservant l'exercice de l'activité économique aux
heureux élus de l'autorisation accordée par le pouvoir politique
lui-même (et non par la seule administration). L'élite économique
privée s'est dès lors trouvée être un sous-produit des individus
détenant le pouvoir politique et il n'est pas besoin ici d'en
analyser le processus de production qui n'est pas non plus un
processus impliquant la dynamique de la société.
2.2 La crise des paiements de 1986 a ouvert une
deuxième voie à l'activité individuelle, celle de l'économie
parallèle qui, elle, implique, non des centaines mais des dizaines
de milliers de personnes et met en branle une nouvelle dynamique
sociale. Bien entendu, le type d'élite et de légitimité
qu'introduit l'exercice de l'activité économique parallèle entre
en contradiction totale avec les processus de production de l'élite
économique en place.
2.3 Une troisième dynamique de production de l'élite
économique privée s'est ouverte depuis 1990 avec la loi réformant
le registre de commerce et supprimant un certain nombre de barrières
à l'installation. Là aussi, un autre processus s'est mis en route
qui semble avoir inauguré une réelle dynamique sociale. Il est
néanmoins encore trop tôt pour voir quel type d'élite économique
pourrait sortir de ce processus.
3.
Les producteurs du discours économique.
Le
discours économique fut, à l'indépendance, porté par les
dirigeants et cadres politiques. L'idéologie que le pouvoir rend
officielle et dominante est celle de l'assimilation de l'économie au
développement matériel collectif national. L'élite économique va
se définir comme l'ensemble des individus qui définissent et
conduisent ce développement. L'économie est moins production que
mission. L'élite est de
facto
une élite missionnaire. Dès lors, l'élite économique suprême
est celle qui définit l'économie elle-même: ce sont les idéologues
du pouvoir et, par suite, le Chef suprême qui deviennent les
économistes autorisés.
Le
Chef délègue la conduite de cette économie. Il n'a besoin pour ce
faire que d'ingénieurs. L'abondance pétrolière conforte cette
attitude où seule compte l'exécution de la dépense. L'économie en
devient pure exécution matérielle n'exigeant aucun retour
financier, preuve de l'inutilité aussi bien des banquiers que des
commerçants ou des comptables. Non seulement la gestion économique
sera confiée aux ingénieurs mais la production du discours
économique lui-même devient le fait des ingénieurs (exécution) ou
du ministère des Finances (définition des dépenses). L'élite
économique, identifiée à des ingénieurs, s'attribue simultanément
le monopole technique de l'exécution matérielle, le monopole de
conduite des activités et, enfin, celui du discours économique.
Mieux, ces ingénieurs, très souvent P.D.G. de sociétés publiques
ou très hauts fonctionnaires, sont souvent nommés d'office membres
du Comité central du F.L.N. Ils ont toutes les légitimités
voulues6.
C'est ainsi que les premiers ingénieurs abandonnent chantiers et
ateliers pour conduire administrativement la circulation matérielle.
A la fin des années 1960, deux phénomènes se
conjuguent qui vont déplacer la production du discours économique:
au moment où les premiers économistes commencent à sortir de la
Faculté d'Alger, une administration du Plan est mise en place. Les
administratifs du ministère des Finances et les ingénieurs, bien
qu'en concurrence, perdent le monopole du discours économique qui,
depuis lors, commence à être élaboré par des économistes
universitaires ou employés au Plan. Ce discours reste cependant un
discours missionnaire, cachet qu'il n'a semble-t-il pas toujours pas
perdu malgré la mise en oeuvre, depuis 1990, de mesures associées à
l'économie de marché. L'élite économique auto-produite par le
discours économique qu'elle tient reste une élite productrice de
légitimations des missions que définit le pouvoir.
La
conclusion que l'on peut tirer de ces observations est que ces élites
se définissent et se légitiment par la mission qu'elles
s'attribuent et non par leur savoir de gestion économique.
L'appartenance à l'élite n'est pas due à une promotion due à un
mérite rattaché à des règles universelles de validation (la
production d'un profit et d'un capital et la production et l'exercice
d'un savoir permettant la production de profit et de capital) mais à
une règle purement locale. Il s'agit dès lors de voir comment la
production de l'élite économique a pu s'écarter des critères
universels. L'une des manières pertinentes de rendre compte de cette
dynamique est d'étudier le système de production des élites
économiques, notamment les élites du secteur public. Cette
production est assurée en grande partie par le système de
formation. L'analyse de cette dynamique va nous permettre de voir que
l'appartenance à l'élite économique va, graduellement, être
détachée de l'exigence de la maîtrise d'un savoir universel pour
être rattachée de plus en plus à une fidélité missionnaire
locale. Dès lors, c'est
la place qui donne la compétence et non la compétence qui donne la
place sociale7.
La formation des élites économiques publiques
Jusqu'en
1971, la formation des élites économiques reprend les règles
héritées du système français de formation. A partir de 1971, la
réforme de l'enseignement engagée parallèlement aux plans
quadriennaux de développement se propose, selon l'un de ses
promoteurs, d'opérer un "renversement
de perspective: ce n'est plus l'université qui impose sa propre
définition des programmes, dans un contexte abstrait, mais la
société qui exprime ses besoins"8.
Cette représentation conduit à la disparition du champ
d'auto-reproduction de l'élite selon des règles universelles et
indépendantes des groupes sociaux particuliers: la formation des
élites économiques est sectorisée dans des instituts indépendants
les uns des autres et indépendants d'une autorité centrale
administrative et pédagogique unique. Chaque ministère sinon chaque
nouvelle usine se dote de ses propres structures de formation, dont
ils définissent, seuls et sans en référer à aucune autorité
scientifique extérieure, les modalités d'entrée, les programmes et
les critères de validation des études. Bien entendu, très souvent,
ces études conduisent à des diplômes spécifiques et des emplois
captifs dans le secteur qui a financé la formation. De ce fait,
l'élite formée ne peut avoir de prétentions universelles mais
reste captive de l’Administration qui en a assuré la formation et
validé le diplôme. Cette auto-légitimation conduit à la négation
de tout académisme indépendant, de tout critère universel de
validation et une dévalorisation du corps enseignant. Les
ingénieurs-maison s'auto-proclament gestionnaires.
Dès lors, et sans que cela ait été recherché, le
système de formation se scinde en deux:
1)
un système géré par l'Administration de l'éducation et dispensant
un enseignement de type général essayant de sauvegarder des
critères universels eux-mêmes mutilés par les partisans de
"l'élaboration
d'une culture nationale, progressiste et révolutionnaire"
qui voudraient entreprendre un "processus
de décolonisation (..) des matières contaminées par l'idéologie
colonialiste (histoire, ethnologie,..)".
"On
abolira,
propose ce promoteur de la réforme de 1971, secrétaire général du
ministère de l'Enseignement, l'ensemble
des matières qui surchargent dangereusement les programmes (langues
mortes, etc..) (..) et tous les archaïsmes (histoire de la
philosophie notamment) au profit des problèmes et des questions
d'actualité"9.
2) un ensemble de structures indépendantes de
l’Éducation nationale, rattachées chacune à une administration
de tutelle, spécialisées dans une formation donnée et chargées de
former les cadres du secteur. Il y aura alors autant d'instituts
spécialisés que d'administrations (Agriculture, pêche,
météorologie, mécanique, électricité, électronique, pétrole,
mines, travaux publics, etc..). Ces instituts forment des techniciens
supérieurs et des ingénieurs appelés non seulement à travailler
captivement dans leur secteur mais surtout appelés à en gérer les
unités. Ils vont produire les cadres dirigeants du secteur public.
Celui-ci représentant au début des années 1990 près de 75% du PIB
algérien, on peut dire que de ces instituts va sortir l'élite
économique de la période 1970-1990.
Cette
élite économique est en majorité constituée d'ingénieurs. Il
n'y a, en fait, aucun institut spécialisé dans le management
d'entreprise. L’École supérieure de commerce, héritage de la
colonisation, restera un établissement unique et s'orientera
rapidement vers l'enseignement économique général délaissant les
spécialités de gestion et de marché. Dans les Instituts de
sciences économiques, créés à partir de 1974 en régions sous la
pression des effectifs, l'honneur est aux options "planification"
et "théorie économique". Les filières financières
existantes seront souvent supprimées10.
L’Administration du Plan arrivera cependant à créer, mais pour
ses propres besoins et ceux des administrations, un Institut des
techniques de planification. Cet Institut subira très vite la
déviation généraliste. Un deuxième Institut, dit Institut
supérieur de gestion et de planification, sera créé pour
renouveler la tentative et subira également le poids des tendances
économistes généralistes. Une tentative de création de Business
school
aura lieu en 1990 et avortera rapidement. Durant vingt ans aucune
formation spécialisée liée à la gestion de l'activité économique
ne sera ouverte ni ne pourra résister aux pressions généralistes.
La comptabilité elle-même est délaissée, preuve que
la société ne semble pas en avoir besoin. L'expertise comptable à
laquelle préparaient les filières financières et comptables
demeure un monopole de quelques individus diplômés avant les années
1970. En 1990, une statistique de la Banque mondiale révélait que
l'Algérie avaient moins d'experts-comptables que le plus gros
cabinet tunisois d'expertise. Il faut cependant souligner que cet
état de fait n'a jamais été voulu mais qu'il résulte de la
dynamique lancée par la réforme de 1971, de l'action d'acteurs
attachés à leurs rentes comme les experts-comptables et enfin de
l'absence du besoin de représentation de l'activité engendré par
les ressources en pétrole. Faute d'être contraints d'afficher des
résultats par des actionnaires exigeants ou par les suffrages des
contribuables, les cadres dirigeants d'entreprises peuvent ignorer
les règles universelles du management. Si les ingénieurs pourront
ainsi garder le monopole de la direction des entreprises publiques et
des services administratifs dirigeant l'activité agricole,
industrielle, commerciale et bancaire, ils pourront également se
passer des la connaissance et de l'application des règles
universelles en matière de gestion économique. Les ingénieurs,
l'élite, n'auront pas besoin de justifier leur position dominante
par la référence à des règles universelles de savoir ou de
gestion effective. Ils pourront ainsi échapper au contrôle
académique extérieur à eux-mêmes et dont les actionnaires ou les
électeurs, dans d'autres pays, font un préalable de recrutement et
de légitimité.
La déstructuration des enseignants comme corps de
légitimité académique
C'est ainsi qu'un triple mouvement apparaît:
1. Celui des secteurs administratifs qui voudront
auto-produire leurs cadres et valider par eux-mêmes la légitimité
de leurs dirigeants; ce mouvement tendra à autonomiser la formation
spécialisée par rapport au Ministère de l'Enseignement et à la
libérer du contrôle académique des enseignants. L'auto-contrôle
devient la règle dans chaque administration. Dès lors, les critères
de promotion se différencient secteur par secteur et s’éloignent
de plus en plus de règles générales nationales et bien entendu des
règles universelles. L'élite ne circule plus d’un secteur à un
autre. Des élites hétérogènes se forment légitimées par des
modes de savoir et de promotion eux-mêmes hétérogènes et marquées
par le localisme.
2.
Celui initié par les diplômés eux-mêmes qui, faute d'avoir été
validés sur la base d'un contrôle académique extérieur,
rechercheront une validation universelle par des formes purement
bureaucratiques (des arrêtés administratifs d'équivalence
permettant une meilleure circulation dans la fonction publique ou
l'accès aux troisièmes cycles de l'enseignement supérieur). Cette
validation administrative reléguera le corps enseignant dans une
sphère sans pouvoir et développera le mépris des ingénieurs pour
un corps enseignant devenu illégitime. Ce mépris pour la légitimité
académique redoublera d'intensité lorsque cette légitimité se
réclamera de l'arabe classique11.
3. La passivité opportuniste de l’Administration du
ministère de l'Enseignement qui a souvent utilisé le pouvoir de
validation comme élément de marchandage politique avec les
individus et les secteurs et non comme expression d'un pouvoir
académique.
4. La passivité opportuniste du corps enseignant
lui-même qui, sous la pression des effectifs étudiants, a fermé
les yeux sur les critères de recrutement dans les enseignements
supérieur, secondaire et primaire et provoqué ainsi sa propre
délégitimation. L’administration de l'Enseignement contribua à
le neutraliser en conférant aux nouvelles recrues une légitimité
purement administrative.
Le statut du corps enseignant du supérieur fut, par
exemple, pratiquement mis en veilleuse afin de permettre les
recrutements et les promotions sans validation académique. La
première brèche fut ouverte par une disposition permettant aux
assistants titulaires d’un bac+4 d’accéder, après 4 ans
d’exercice et évaluation des travaux par le Conseil scientifique
de Faculté, au grade de maître-assistant. La pression des
assistants fit que la disposition put être contournée par la
modification des modalités de composition des Conseils scientifiques
de Faculté. L’Administration prit, en accord avec le syndicat
enseignant dominé par les assistants, un arrêté fixant une
composition paritaire des Conseils scientifiques associant les
responsables administratifs des facultés et un certain nombre
d’enseignants élus sans distinction de grade. Dès lors, les
Conseils scientifiques furent dominés par les coalitions formées
par les directeurs, directeurs adjoints et chefs de département.
Plus une faculté comportait de départements, plus il y avait des
chances que le nombre d’administratifs fut, au Conseil
scientifique, plus important que celui des enseignants. Comme le
Conseil distribuait promotions, détachements à l’étranger et
bourses doctorales à l’étranger, il fut de bon ton d’en être
sinon membre du moins de former des coalitions dominant le Conseil.
Les assistants mirent dès lors en pratique des stratégies
d’occupation des postes administratifs (directeurs, etc..) pour
contrôler les Conseils scientifiques et fonctionner non avec la
légitimité de l’Académie mais avec celle des bâtisseurs. Les
missionnaires prenaient le pas sur les gestionnaires. Devant cette
offensive, les enseignants de rang magistral se mirent d’eux-mêmes
à l’écart espérant éviter l’humiliation d’être mis à
l’écart. Cette mise à l’écart allait se légitimer doublement:
a. par le discours des bâtisseurs tenu par les
assistants qui, devant la pression des effectifs étudiants, ont pris
des responsabilités refusées le plus souvent par les plus gradés;
b. par l’arabisation des formations. Celle-ci ne fut
pas au départ une revendication fondamentaliste mais bien un
instrument utilisé par les bâtisseurs progressistes pour mettre à
l’écart les professeurs de rang magistral francophones et
permettre ainsi aux assistants de dominer les Conseils scientifiques
des facultés.
L’arabisation fut instrumentée par la gauche
bureaucratique pour évacuer les règles universelles du mérite
académique et exclure celui-ci des critères de redistribution de la
rente pétrolière.
Très vite ce système permit aux assistants d’accéder
au corps des maîtres-assistants et de dominer le corps enseignant.
On pouvait devenir maître-assistant simplement par ancienneté de
quatre ans dans le corps des assistants. Seuls restaient
inaccessibles administrativement les grades supérieurs.
Parallèlement
à cela, toute forme de concours fut supprimée et la tendance fut à
la promotion par ancienneté12.
Mieux, les syndicats et l’Administration établirent
au fil du temps des grilles de salaires et d’indemnités qui
renversaient la hiérarchies de rémunérations. La thèse en devient
inutile.
Il ne pouvait de ce fait se constituer un corps
enseignant régi par les mêmes règles universelles. Dès lors, le
contrôle de validation académique qu’exerce ailleurs ce type de
corps enseignant disparut et le corps enseignant en perdit lui-même
sa légitimité. Cette perte de légitimité fut abusivement
attribuée à l’arabisation alors que ni le niveau ni les pratiques
des francophones ne se distinguent guère de celles des arabophones.
Ceux-ci en ressentirent un ostracisme encore plus grand d’autant
plus que la critique venait souvent du secteur hors-université
(francophone) qui apparaissait comme la cause de la fermeture des
débouchés économiques aux arabophones universitaires. Ceux-ci ne
purent qu’être satisfaits lorsqu’à la suite de la crise
pétrolière de 1986 le manque de ressources budgétaires conduisit à
transférer les formations d’ingénieurs à l’Université et à
les faire souvent en arabe. Seulement, il n’y avait plus de
débouchés pour les ingénieurs quels qu’ils soient. Les
“ arabisants ” en éprouvèrent un ressentiment
redoublé qui ne pouvait qu’alimenter le fondamentalisme. Ils
n’accusaient pas la “ crise ” économique mais encore
une fois l’ostracisme des francophones.
Ils ne soupçonnaient pas que la cause réelle de leur
situation était moins dans l’arabisation que dans l’impuissance
de l’Administration de l'Enseignement et du corps enseignant
(francophones compris) à s’ériger en corps de contrôle
académique et en centres de légitimité scientifique fonctionnant
en rapport avec des règles universelles. Ils tombaient, et les
francophones aussi, dans une perception purement locale de leur
situation.
La formation parallèle des élites économiques
Il
n’y a donc pas, à partir d’un certain moment, de système
éducatif administré par une autorité centrale unique et légitimé
par des enseignants formant un corps académique. Dès 1968, le
directeur de la formation au ministère du travail attirait
l’attention sur les dangers d’une autonomisation sectorielle de
la formation. Lors d’un séminaire sur la formation et le
développement, le constat fut clairement formulé: “ Si
un système est un ensemble de structures liées entre elles par
certaines règles ou lois (normes intentionnellement créées et
appliquées par l’organisateur), on constate que nous sommes en
présence de plusieurs systèmes indépendants parallèles,
juxtaposés à des structures non reliées entre elles, sans que des
règles ou des lois en aient fixé l’organisation ”13.
L’offre de cadres commence à partir de 1970 à
provenir en majorité du secteur hors-université. Cette organisation
atteint son apogée à la veille de la crise pétrolière de 1986 qui
frappera de plein fouet les formations parallèles au système
universitaire et conduira soit à la fermeture soit à l’intégration
des instituts spécialisés au secteur universitaire. A son apogée,
en 1986, le système hors-Université regroupe plus de 80% des
inscrits en bac +1 et bac +2 et près de 20% des bac+3 et au-dessus
(soit 40.000 de niveau technicien supérieur et 10.000 de niveau
ingénieur).
Ce système échappe au contrôle académique du corps
enseignant et n’a pas de corps enseignant propre. Il fonctionne
très souvent à la vacation et représente un débouché annexe pour
les administrateurs qui l’ont créé. Il se caractérise par deux
éléments très attractifs pour les individus: 1. Etudes avec
logement et présalaire; et 2. Garantie de diplôme et de débouché.
Le budget par étudiant y est jusqu’à cinq fois
supérieur à celui des Universités. L’enseignement s’y fait en
français. Il bénéficie ainsi de la légitimité multiple
rattachée au corps des ingénieurs-missionnaires.
Budget de fonctionnement comparatif (1986)*
Instituts spécialisés - Université
Dépenses annuelles par étudiant
(en DA)
|
Institution
|
Budget par étudiant
|
|
Institut d’hydrométéorologie
|
118.500
|
|
Institut algérien du pétrole
|
84.800
|
|
Institut d’hydrotechnique
|
65.900
|
|
Institut d’électrotechnique
|
60.000
|
|
Instituts de technologie agricole
|
53.600
|
|
Institut de Planification
|
50.100
|
|
Institut des industries légères
|
47.00
|
|
Institut de génie mécanique
|
38.700
|
|
Institut des hydrocarbures et chimie
|
34.100
|
|
Ecole nationale d’administration
|
33.100
|
|
Institut de formation en bâtiment
|
30.400
|
|
Universités
|
24.000
|
|
Ecole d’ingénieurs en travaux publics
|
23.800
|
|
Institut de finances et comptabilité
|
19.400
|
* Les coûts hors système universitaire n’incluent
pas les frais d’administration centrale ni les charges sociales
dues au titre d’un corps enseignant permanent propre.
Le secteur de formation hors Education nationale a pris
au fil du temps une telle importance que les entreprises y ont
recruté, en dehors des cadres-maison, la quasi-totalité de leurs
cadres dirigeants, rejetant ainsi les diplômés de l'Université
vers l'enseignement ou l’administration, notamment l'administration
du Parti F.L.N., et les carrières politiques. On peut affirmer qu’à
la fin des années 1980, la totalité des cadres d'entreprise
provenaient du secteur de formation hors Université (francophone)
alors que les cadres politiques provenaient de l'Université
(majoritairement arabophone). Les cadres d'entreprise pouvaient de ce
fait se légitimer par une formation spécialisée et dispensée en
français. D’où le divorce assez rapide entre l’élite
économique et le système de formation et d’éducation générales,
et plus fondamentalement, le divorce entre l'élite économique et le
système d'administration politique pratiqué par le F.L.N. Mieux: le
système d’éducation générale fut, par l’extinction
progressive de l’enseignement technique, mis radicalement à la
base à l’écart de toute dynamique de production des élites
économiques.
Évolution comparée des investissements économiques
d’État et des effectifs de l’enseignement technique
|
Année
|
Investissements d’État
en
milliards de DA
|
Part des effectifs de l’enseignement technique dans
l’enseignement moyen et secondaire
|
|
1967
|
1,90
|
26,2 %
|
|
1968
|
3,01
|
26,1 %
|
|
1969
|
4,42
|
24,6
|
|
1970
|
6,25
|
23,3
|
|
1971
|
8,22
|
20,9
|
|
1972
|
10,06
|
17,9
|
|
1973
|
11,70
|
17,1
|
|
1974
|
15,93
|
19,8
|
|
1975
|
24,12
|
3,6
|
|
1976
|
34,10
|
2,5
|
|
1977
|
47,33
|
1,9
|
|
1978
|
52,67
|
1,6
|
µ
§
Source:
A. Henni, La
mise en oeuvre de l’option scientifique et technique,
OPU, Alger, 1990,
p.
102
Il est curieux d'observer que c'est le sous le
gouvernement des ingénieurs que s'opère une éradication de
l'enseignement technique au moment même où ces ingénieurs
multiplient les importations d'usines et les créations d'emplois
industriels. Bien entendu, cette disparition des études secondaires
techniques ne concerne pas que les métiers industriels puisque
disparaît avec elles l'ensemble des formations de base rattachées à
la gestion (Certificats et brevets d'aptitude professionnelle au
secrétariat, à la comptabilité, commerce etc..). Déjà, en 1968,
un rapport de la direction générale du Plan procédait à une
subdivision assez curieuse des disciplines scientifiques rejetant la
comptabilité , la gestion, le commerce, le droit, la psychologie
(industrielle ou non) dans la sphère illégitime des connaissances
non opératoires. Nous retrouvons cette distinction à l'identique
lorsqu'il s'agit, en 1984, de procéder à une arabisation de
l'Enseignement supérieur. L'arrêté ordonnant arabisation, outre
qu'il traduit la décision individuelle d'un ministre ou d'une
administration (un décret aurait traduit une décision de l'ensemble
du gouvernement et une loi aurait traduit encore plus que cela) et
reflète au moins le désintérêt des autres secteurs pour
l'enseignement général considéré comme non stratégique dans la
production des élites légitimes, intègre finances, comptabilité,
marketing, etc.. dans les sciences sociales et provoque ainsi
l'arabisation de leur enseignement à l'Université les frappant
ainsi de l'illégitimité rattachée aux disciplines non
scientifiques.
La fondamentalisation de l'Université aussi bien dans
le sens de son exclusion des enseignements dits opératoires et par
suite son exclusion des débouchés liés à ces enseignements que
dans le sens du développement du fondamentalisme comme attitude
s'illustre parfaitement avec la dynamique observée à l'Université
des Sciences et Techniques d'Alger (USTA). Créée en 1974 à grands
renforts de proclamations technicistes universalistes (alors que
l'enseignement technique de base était éradiqué au même moment),
elle devait connaître un certain nombre de conflits qui, par leur
violence, parfois armée, reflètent cette évolution. L'USTA devait
absorber la Faculté des sciences d'Alger, l'Ecole polytechnique et
l'Institut de Géographie. Cette absorption fit que l'enseignement
eut, dès le départ, tendance à se faire généraliste, tendance
favorisée par la perspective du débouché principal des études
universitaires qu'était l'enseignement lui-même. Des oppositions
violentes apparurent entre les fondamentalistes et les partisans d'un
enseignement plus opératoire. Dès 1981, les fondamentalistes
(toujours au sens de partisans d'enseignements fondamentaux)
perdirent la partie et furent renvoyés à l'Ecole Normale
Supérieure, chargée de former les enseignants du secondaire et
bientôt entièrement arabisée. C'est la preuve une fois encore que
les vrais problèmes de production de l'élite vont se cacher
derrière une façade linguistique. En 1983, l'Ecole polytechnique
sort de l'USTA et reprend son autonomie laissant le champ libre aux
fondamentalistes. En 1985, l'USTA était déjà devenue un
gigantesque tronc commun ouvert aux bacheliers préparant les
concours de médecine, informatique, etc. Sur 12.000 étudiants,
10.000 étaient déjà en tronc commun. L'expérience fut un échec
total et, dans le discours des élites économiques, illustra de
façon spectaculaire l'incapacité de l'Enseignement général à
former des cadres légitimes.
On peut dès lors observer la conjonction de plusieurs
éléments:
- délégitimation du secteur de l’enseignement par
son exclusion des formations techniques opératoires (affaires
religieuses comprises) réservées aux secteurs s'accompagnant d'une
arabisation de cet enseignement et du maintien du français dans les
formations sectorielles spécialisées de telle sorte que l'arabe
soit une langue perçue comme rattachée aux disciplines du discours
et le français une langues rattachées aux sciences de l'ingénieur
et à la médecine;
- réservation des places par les secteurs à leurs
propres diplômés et exclusion des diplômés de l'université des
directions économiques valorisantes. Les diplômés de
l'enseignement général seront principalement destinés à
l'enseignement, à l'administration et à la politique. Ils n'auront
aucune place dans l'économie.
De la production des élites économiques par un
système de formation parallèle à celle d'élites économiques par
une économie parallèle
La crise des paiements de 1986 a entraîné la
perturbation de cette dynamique et enrayé sa reproduction. Dès lors
l'élite en place n'a plus disposé des moyens financiers nécessaires
à la poursuite des investissements publics et à sa reproduction
comme élite. L'élite économique privée n'a plus disposé non plus
des devises nécessaires à la reproduction de son système de
production par autorisation politique. L'élite économique
productrice du discours économique s'est trouvée soudain en défaut
de légitimité. Bref, ce sont ceux qui pouvaient rapporter des
dollars, avaient des méthodes ou des idées pour le faire qui,
soudain, pouvaient espérer devenir l'élite économique sinon en
faire partie. Cette efficacité fut, très vite, travestie en mission
dans le cadre du marché à venir. Gagner des dollars c'est
contribuer à résoudre la crise des paiements; c'est rendre service
au pays. L'élite économique publique fut soudain coupée en deux:
ceux qui s'essayaient à rapporter des dollars et ceux qui
critiquaient cette déviation mercantile.
Le
plus important en fait se passait ailleurs: le défaut de
disponibilité de nombreuses marchandises allait susciter
l'apparition de nombreuses vocations de "contrebandier".
Les autorités fermèrent les yeux. La contrebande alimenta ce qui
devint une véritable économie parallèle avec ses réseaux
extérieurs et intérieurs, ses règles, ses marchés et ses prix14.
Ce fut une révolution: l'efficacité économique n'était plus liée
à la dépense publique mais à la capacité entrepreneuriale
(marchande seulement dans ce cas) individuelle. La règle universelle
du mérite individuel réapparut. Elle fut bien entendu immédiatement
combattue par l'élite attachée à la mission par la dépense
publique.
L'apparition d'une nouvelle dynamique de production
d'une nouvelle élite allait appeler deux types de légitimité:
1. une légitimité de l'efficacité productive adoptée
par une partie des élites en place, publiques notamment. Il
convenait de réintroduire les règles universelles et de convertir
les élites missionnaires en élites gestionnaires. La légitimité
des élites ne devait plus être liée à la dépense publique mais à
la capacité de production de capital. Ceci impliquait l'abandon de
tout système d'épargne forcée et de prélèvements autoritaires.
Cette tentative, dite des réformateurs, échoua en 1991.
2.
une légitimité de la liberté d'activité. A défaut d'un accès à
des ressources publiques, les jeunes businessmen réclamaient le
droit de gagner leur vie même par la contrebande. Mieux: devant
l'échec du modèle usinier, ils rejetaient toute mission
productiviste et tenaient un discours de légitimation du seul
commerce, activité considérée jusqu'alors comme parasite et
impure. Bien entendu l'attitude de ces jeunes ne pouvait que
rejoindre des représentations idéologiques considérant le commerce
comme pur et rattachant le statut d'élite aux individus efficaces
sur le plan commercial. La référence à l'Islam ne pouvait que
conforter ce type de légitimation15.
Pour
dire les choses autrement, lorsque l'establishment orthodoxe
(sunnite) entre en crise, les oulémas établis peuvent être
disqualifiés au bénéfice de missionnaires non-versés dans les
sciences théologiques. L'étude de Malika Zghal [1996] sur les
Oulémas
d'El Azhar
vient confirmer ce qui avait été déjà observé en Algérie et
montre bien que les missionnaires islamistes égyptiens se recrutent
davantage dans les facultés de sciences profanes (médecine,
ingénierie, sciences physiques) que dans celles des sciences
religieuses. Le désir de changement social suscite l'apparition de
missionnaires propageant un prophétisme conforme à la tradition
historique de valorisation du non-lettré comme conducteur de ce
changement.
3
Voir Harbi M. [1975] Aux
origines du F.L.N.,
Bourgois, Paris. Mohamed Harbi appelle les premiers des
"plébéiens".
5
Voir notre article sur Le développement scopique [1990] dans la
Revue
algérienne desz sciences juridiques, économiques et politiques,
Alger
6
L'analyse du discours des ingénieurs s'appuie bien entendu sur
leurs déclarations publiques lorsqu'ils occupent des fonctions
politiques mais surtout sur la littérature qu'ils produisent et
publient dans les revues corporatistes (El
hindiss,
par exemple) propres à une grande société publique (société des
pétroles, société sidérurgique,..) ou à une association
horizontale (association des ingénieurs -- prenant au début la
forme d’une organisation de masse du parti F.L.N.), etc.
8
Voir Benachenhou Mourad [1980] Vers
l'Université algérienne,
Office des Publications universitaires, Alger, p. 33
10
Les arrêtés de création ou de suppression de filières sont
publiés dans le Bulletin
du ministère de l'enseignement supérieur. On
peut ainsi suivre l'évolution au cours des ans des créations et
des suppressions de formations.
11Sur
les questions linguistiques voir dès 1979 les travaux de Gilbert
Grandguillaume (Langue, identité et culture nationale au Maghreb,
Peuples
méditerranéens,
oct-déc. 1979 et Langue et communauté au Maghreb, janv-mars 1982)